Bienvenue dans ce tout premier article de notre blogue Champ de vision, un espace où nous souhaitons mettre en lumière les femmes et les hommes derrière les projets et les nombreuses collaborations du CISA. Qu’ils soient partenaires, chercheurs, étudiantes, agriculteurs ou actrices du changement, ils partagent tous une même volonté : faire évoluer l’agriculture et l’alimentation par la collaboration, la recherche et l’innovation sociale. À travers une série de rencontres, nous partirons à la découverte de celles et ceux qui, en coulisses, façonnent un avenir agroalimentaire plus juste, durable et ancré dans les territoires.
Pour ouvrir le bal, nous vous emmenons au cœur d’une conversation avec trois femmes engagées : Renée Michaud et Laurélie Trudel, de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), affilié à l’Université Laval, et Armelle Lorcy, chercheuse-chargée de projet au Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA) et membre chercheur régulier de l'INAF et du Pôle bioalimentaire. Ensemble, elles nous parlent de recherche, de diplomatie scientifique et de missions internationales, le tout porté par une vision profondément humaine.
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L'INAF : un catalyseur de solutions alimentaires durables
Alors que nous étions à élaborer le contenu de notre toute première infolettre, une conversation fortuite avec notre collègue Armelle a allumé une étincelle. Celle-ci se préparait pour une mission toute spéciale en direction de la Suède et du Danemark, une opportunité qui s'est présentée alors qu'elle contribue activement, en tant que chercheuse au CISA, à un vaste projet collaboratif de Pôle bioalimentaire. Ce projet innovant trouve ses racines au sein d’un consortium québécois de recherche regroupant plus de 700 scientifiques (membres chercheurs, professionnels et étudiants gradués) travaillant en synergie pour étudier les nombreux enjeux de l’alimentation durable et faire émerger les pistes de solution les plus prometteuses : l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), fondé au début des années 2000 à l'Université Laval.
D’abord, un peu plus sur l’INAF. Depuis 25 ans, l’INAF agit comme un acteur incontournable dans le paysage scientifique québécois en alimentation. Avec une vision systémique et interdisciplinaire, l’Institut regroupe plus de 130 chercheurs issus de 16 universités et CCTT, dont le CISA, qui œuvrent sur des enjeux touchant toute la chaîne bioalimentaire. À l’INAF, les nutritionnistes côtoient entre autres des ingénieurs, des sociologues, des agronomes et des spécialistes en innovation sociale et technologique.
Mais quelle place occupe l’INAF dans l’écosystème alimentaire au Québec? L’INAF repose en fait sur quatre piliers : la recherche, la formation de la relève, la mobilisation des connaissances et le soutien à l’innovation. L’approche est collaborative, inclusive et résolument orientée vers l’impact.
« Notre première mission est de faire de la recherche, qu’elle soit fondamentale, participative ou même citoyenne. Mais notre intention est toujours de la faire en intersectorialité, sur ces grands enjeux qui peuvent aller de l’adaptation aux changements climatiques à la lutte au gaspillage alimentaire. Le tout se fait en collaboration avec tous les partenaires du milieu, non seulement le secteur scientifique, mais également la petite et la grande entreprise et tout l’écosystème d’innovation qui agit au niveau du secteur bioalimentaire québécois », ajoute Mme Michaud.
La formation de la relève étant le second pilier au cœur de sa mission, l’Institut encadre chaque année quelque 400 étudiants aux cycles supérieurs, qui participent activement aux projets de recherche. Ce vivier de talents se combine à un maillage de plus de 200 partenaires du milieu – entreprises, ministères, organisations communautaires – qui font de l’INAF un véritable moteur d’innovation collective!
À ce propos, comment se traduisent concrètement, dans les travaux de l’INAF, les deux derniers piliers sur lesquels repose l’organisation, soit la mobilisation des connaissances et le soutien à l’innovation?
« À l’INAF, on accorde beaucoup d’importance à ce que la recherche que nous menons collectivement ait de l’impact socialement. L’INAF a mis beaucoup d’importance ces dernières années à sortir le savoir des murs et à s’assurer que les évidences scientifiques rejoignent bien les décideurs », mentionne à ce sujet la directrice adjointe de l’Institut, Laurélie Trudel. « À titre de regroupement stratégique, on accorde presque autant d’importance à la recherche qu’à la stratégie de mobilisation des connaissances, puisqu’elle nous amène à travailler avec les preneurs de celles-ci. Dans la même logique, on a développé une équipe spécialisée au sein de l’Institut, qui peut catalyser le savoir de nos scientifiques et ensuite créer des ponts avec les utilisateurs », conclut Mme Trudel.
Le Pôle bioalimentaire : décloisonner pour mieux agir
Le Pôle bioalimentaire de l’INAF ne s’est pas simplement ajouté aux activités existantes de l’institut : il en est le prolongement naturel. Né en 2021 dans la foulée de la pandémie, il répondait d’abord à un besoin devenu urgent : celui de penser autrement nos systèmes alimentaires, en misant sur des approches intersectorielles, citoyennes et inclusives.
« Il fallait créer un lieu pour réfléchir ensemble, autrement, à comment faire évoluer notre système bioalimentaire », explique Laurélie Trudel.
Mais pour bien saisir la portée du Pôle, il faut revenir à la genèse de l’INAF. Fondé il y a 25 ans grâce à la vision d’André Gosselin et du chercheur Paul Paquin, l’Institut visait déjà à décloisonner les disciplines pour mieux comprendre les effets de l’alimentation sur la santé des populations.
« L’idée était de tendre la main à des chercheurs en médecine, pharmacie, sciences sociales pour démontrer que l’alimentation, au-delà de nourrir, est aussi un outil de prévention, de culture et de cohésion sociale », résume Renée Michaud.
Le Pôle bioalimentaire a donc émergé comme une plateforme structurante pour porter encore plus loin cette ambition. Articulé autour de sept chantiers thématiques, il vise à transformer nos systèmes alimentaires en misant sur la qualité et l’accessibilité des aliments, la transition vers des régimes durables, l’ancrage territorial des approvisionnements, la lutte aux changements climatiques, la valorisation des ressources, l’innovation logistique et technologique, ainsi que l’inclusion sociale et la lutte à la désinformation.
Ce qui distingue le Pôle, c’est sa méthode : le décloisonnement actif. Il rassemble des chercheurs, bien sûr, mais aussi des organisations communautaires, des ministères, des municipalités, des entreprises privées, des leaders autochtones et des centres de recherche comme le CISA. Plus de 50 organisations participent actuellement à ses travaux.
« On est parti de cette volonté très claire : que les sujets de recherche proviennent du terrain et que les réponses soient coconstruites avec ceux qui vivent les réalités », insiste Renée Michaud.
« L’INAF, c’est une fourmilière d’idées et de pratiques. On mobilise autant le savoir scientifique que l’intelligence collective de ceux qui transforment nos systèmes alimentaires au quotidien », ajoute Laurélie Trudel.
Ce modèle de recherche-action se veut aussi un accélérateur de changement social. Loin de produire uniquement des connaissances académiques, les équipes du Pôle s’assurent que les résultats nourrissent les politiques publiques, outillent les milieux de pratique et stimulent des innovations concrètes — que ce soit en milieu rural, urbain ou autochtone.
Des missions internationales pour s’inspirer et nourrir l’action locale
Dans la continuité logique des ambitions du Pôle bioalimentaire, quatre missions internationales ont donc été réalisées au cours de l’automne en Californie, en Scandinavie (Danemark et Suède), aux Pays-Bas/Belgique ainsi qu’au Brésil. Chacune de ces missions a été soigneusement conçue pour documenter des pratiques inspirantes, rencontrer des acteurs de terrain et rapporter des apprentissages pouvant enrichir la réflexion et l’action au Québec.
À travers ces séjours de terrain, les équipes de mission — composées de 4 étudiants, d’un chef de mission et de deux scientifiques — ont eu l’occasion d’explorer de précieuses initiatives concrètes et souvent pionnières. Que ce soit l’intégration de la recherche dans les politiques municipales à Göteborg, les innovations du Stockholm Resilience Center ou encore les jardins marins d’Havøst, les exemples rencontrés ont fait une forte impression chez les participantes et participants de la mission.
Vivre la recherche sur le terrain
Chaque mission reposait sur une sélection rigoureuse des destinations, définies en amont avec les scientifiques responsables de chaque chantier du Pôle, en fonction de leur expertise et des possibilités de transfert des modèles observés. Pour Armelle Lorcy, chercheuse au CISA et participante à la mission nordique — pour laquelle Laurélie Trudel occupait également le rôle de cheffe de mission — le choix du Danemark et de la Suède s’est rapidement imposé :
« J’ai beaucoup hésité avec la mission au Brésil, mais la mission nordique m’interpellait vraiment. Les thématiques abordées, telles que la décarbonation, la territorialisation des systèmes alimentaires et l’adaptation aux changements climatiques, sont au cœur de mes préoccupations de recherche. »
Au-delà des enjeux environnementaux partagés avec le Québec, la proximité culturelle, géographique et même autochtone a été un facteur déterminant dans sa décision :
« Il y avait des parallèles intéressants à faire. Le Groenland, par exemple, partage avec le Québec une présence inuite. Et au nord de la Suède, on retrouve les Samis. Ce sont des contextes qui résonnent avec nos réalités. »
Parmi les moments marquants de la mission, Armelle évoque une visite au Stockholm Resilience Center :
« C’est un centre de recherche interdisciplinaire fascinant. Ils développent des méthodologies très pertinentes pour penser les systèmes alimentaires en lien avec la planète, la résilience, les communautés humaines. On sent qu’ils sont plusieurs années en avance sur certains sujets. »
Elle mentionne aussi la richesse des interactions quotidiennes au sein du groupe :
« Il y avait une grande solidarité dans notre équipe. On se complétait bien, même pendant les entrevues. Chacun apportait un angle, une sensibilité différente. Ça a vraiment renforcé le côté intersectoriel et humain de l’expérience. »
De l’inspiration à l’action
Pour s’assurer que ces apprentissages soient structurés et partagés, chaque participant a contribué à la rédaction d’un carnet de terrain. Ces carnets, combinés à des outils collaboratifs numériques, serviront de base à une série de webinaires thématiques et à une restitution globale lors des Assises bioalimentaires prévues en 2026.
« C’est tellement riche, ce qu’on a vécu. On veut donner la parole aux étudiants et aux chercheurs pour qu’ils puissent partager ces apprentissages à travers des webinaires, explique Laurélie. Ce sera une façon de semer de nouvelles idées avant les Assises, où on veut livrer un livre blanc avec des propositions concrètes pour le Québec. »
Un événement qui se veut à l’image du Pôle : inclusif, stratégique, ancré dans les réalités du terrain. Et pour Armelle, ce type de mission vient aussi transformer le regard du chercheur :
« Ces expériences, ce n’est pas juste un apport de connaissances. C’est une forme d’humilité, d’ouverture, de réinvention. On en revient différent. »
