Champ de vision - Le blogue
16 février 2026

Tous les chemins... ne mènent pas au champ

Véronique Allard, chercheuse-chargée de projet au CISA

Dans ce nouvel article de notre blogue Champ de vision, nous vous proposons un premier portrait d’un membre de notre équipe, celui de Véronique Allard, qui s’implique au cœur du CISA depuis 2021. Un bel exemple qui démontre qu’il peut y avoir plusieurs portes d’entrée pour travailler en recherche et explorer les enjeux du secteur!

Il y a de ces parcours qui, même s’ils ne suivent pas une ligne prédéfinie au départ, finissent par dessiner une trajectoire étonnamment cohérente. Celui de Véronique Allard en est un bon exemple. Géographe de formation, elle est aujourd’hui chercheuse-chargée de projet au Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA). Un rôle qu’elle occupe avec rigueur et engagement aujourd’hui, mais qui est loin de ce qu’elle s’était imaginé pour sa future carrière.

« À la base, je m’en allais en commercialisation de la mode… oui, oui, vraiment! », lance-t-elle en riant. « Au départ de mes études, j’avais bien choisi un programme en environnement au cégep, mais j’avais cette réflexion qui me revenait constamment : je ne pouvais pas travailler dans un domaine qui ne ferait que me rappeler chaque jour à quel point on court à la catastrophe. Alors j’ai commencé à m’imaginer aller dans le domaine de la mode… Mais j’ai vite compris que je ne pouvais tout de même pas nier tout ce qui se passait! », complète celle qui a finalement opté pour un bac en géographie environnementale.  

C’est d’ailleurs un cours dans le cadre de ce programme qui agit comme déclencheur et lui ouvre la porte à une réflexion plus profonde sur nos systèmes alimentaires. « Durant mon bac, j’ai suivi un cours de géographie critique dont le professeur était spécialisé en agriculture. J’ai vraiment adoré! C’est là que j’ai fait mes premières lectures sur le monde de la distribution alimentaire, l’agriculture conventionnelle et la révolution verte ».  Le potentiel transformateur de l’alimentation la frappe immédiatement.

« Si on change la manière dont on s’alimente, l’impact environnemental que ça peut engendrer est immense. Il y a une grande capacité d’action liée à notre alimentation. »

Après un passage par les études supérieures et une pause marquée par le travail sur des fermes à l’étranger, Véronique s’inscrit dans le programme de Gestion et technologies d’entreprise agricole offert à l’Institut national d’agriculture du Cégep de Victoriaville (INAB), animée par une quête d’autonomie alimentaire et un fort désir de mettre les mains dans la terre. « À la base, je voulais apprendre à produire ma nourriture, mais pas nécessairement devenir entrepreneure agricole. »

Elle saisit donc l’opportunité lorsqu’un poste étudiant ouvre au CISA en 2021, pour un projet lié à la relève agricole, alors qu’elle est toujours à la ferme-école. D’abord engagée comme assistante de recherche pour le projet « Vitaliser les territoires par l’établissement de la relève agricole », ses compétences en analyse et pour rallier les acteurs se font vite remarquer. À peine six mois après son entrée, elle obtient le poste d’auxiliaire de recherche. « Mes principaux projets à ce moment-là étaient Vitaliser les territoires et un projet sur l’approvisionnement institutionnel qui se déroulait dans la MRC d’Arthabaska. C’était costaud pour débuter : je n’avais jamais fait de concertation auparavant! On peut dire que j’ai appris directement sur le terrain », se rappelle-t-elle. Une immersion accélérée dans la recherche-action, qui deviendra sa zone de prédilection.

L’expérience acquise à travers ces deux projets lui aura finalement permis de compléter sa maîtrise en environnement et développement durable, avant d’obtenir officiellement son statut de chercheuse dès 2023.

Véronique Allard, chercheuse-chargée de projet


Véronique Allard, chercheuse-chargée de projet au CISA. (Photo : Kateline Grondin ©CISA, 2026)  

 

L’art de relier les territoires, les idées et les gens

Aujourd’hui, Véronique se définit avant tout comme une facilitatrice de liens. « C’est encore un défi pour moi d’expliquer ce que je fais! Je dirais que je fais de la recherche qui répond à des besoins concrets exprimés par des acteurs du terrain. On travaille avec des territoires, des MRC, des OBNL, pour les accompagner face à des enjeux complexes et souvent structurels. Notre approche d’innovation sociale permet de rassembler des gens qui ne se parlent pas habituellement, de créer des espaces de réflexion collective. On fait s’asseoir ensemble des « pas pareils », raconte-t-elle en souriant.

Et sa touche personnelle dans tout ça? « Je pense que j’ai une capacité à rendre l’abstrait plus concret, mais aussi à créer de l’engagement et de la proximité avec les partenaires. Je suis vraiment investie à 100 % dans mes projets. Même si ce sont leurs projets, j’ai l’impression de me joindre à part entière à leur équipe pour la durée du mandat, alors que je n’ai aucun attachement personnel au territoire au départ », répond celle-ci. « Le fait est qu’on partage des valeurs communes : l’agriculture, l’alimentation locale, le développement territorial, la fierté de notre territoire agricole québécois, ajoute-t-elle. Pour moi, ce n’est pas juste une job, c’est aussi un mode de vie. J’applique dans ma vie personnelle ce que je tente d’intégrer au travail. Je suis une vraie locavore! »

Cette posture prend tout son sens lorsqu’elle aborde les enjeux de la relève agricole. Accès à la terre, concentration des actifs, pression financière : son constat est lucide.
« On travaille très fort pour vitaliser nos régions, mais c’est un peu comme David contre Goliath », soutient Véronique en rappelant les prix astronomiques associés pour s’établir en agriculture. On est dans un système où les actifs se concentrent entre les mains de quelques joueurs ».

Malgré tout, Véronique met son espoir dans les initiatives locales en développement et dans la capacité des territoires à se mobiliser.

« Les idées ne manquent pas. Ce qui manque, ce sont les moyens et les ressources. Si on donnait plus de pouvoir au local, on pourrait réellement changer les choses! »

Quand on lui demande de quoi elle est la plus fière depuis son arrivée au CISA, sa réponse est sans détour : « C’est collectif! Le fait que les gens veuillent travailler avec nous, qu’on sente qu’on a un impact réel sur la capacité de nos partenaires à réaliser leurs projets. On ne fait pas juste en parler; on rassemble toutes les conditions essentielles et on le fait, ensemble. »

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Quelques projets portés actuellement par Véronique Allard :

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